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Pour ses douze ans, Izàbal reçoit un ocarina. La douce mélodie de l'instrument devient voix pour celle qui n'en a pas, une voix magique qui subjugue les oiseaux. Etrange pouvoir, fascinant pouvoir, qui n’est pas sans attiser les convoitises. |
Longtemps ils montent dans la forêt, sur la sente abrupte, jusqu'aux lieux élevés où nichent les quetzals. Puis, tandis que les chasseurs grimpent dans les arbres ou se terrent à l’abri des rochers, Xul prie Izàbal de jouer. (…) « Joue ! » siffle Xul d’une voix gonflée de colère. Izàbal secoue la tête obstinément. Xul lui empoigne les cheveux et la soulève du sol. Il brandit un poignard de silex. « Joue donc ! » Le cœur d’Izàbal bat violement. Dans son regard, à nouveau, flamboie le rouge ; des ombres passent. Elle sent la haine et la mort ondoyer autour d’elle. Hébétée, elle se met à jouer, le visage noyé de larmes.
Aussitôt les quetzals surgissent des hautes branches. Leurs queues immenses parées de plumes vertes s’agitent comme des herbes dans le vent. Ils sont graciles, légers. L’un après l’autre, ils se posent. Pétrifiées par le chant de l’ocarina. (…) C’est alors que les chasseurs se débusquent et criblent de flèches leurs proies. Chaque trait fait mouche. L’herbe est jonchée d’un amas de corps foudroyés, inertes. Des hommes arrachent une à une les longues plumes vertes de la queue, qu’on range soigneusement dans des sacs de peau. Puis la caravane redescend dans la vallée. (…)
Livide, Izàbal, marche à l’arrière, escortée d’un chasseur. Son cœur est rempli d’effroi. (…) Xul l’enferme dans une cellule. Elle n’en sortira plus que pour la traque des quetzals. Xul est déjà riche. Izàbal va faire de lui l’homme le plus puissant de la cité. Plus puissant même que le roi.


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